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"J’aspire à être une «jardinière» de bien-être à plein temps"

 

Régulièrement, je vous propose un portrait, une interview, une rencontre avec un.e praticien.ne en philosophie pour enfants. Une personnalité singulière qui fait la richesse du métier d’anim’ d’ateliers philo-enfants.

Mais pourquoi?

Pour le plaisir de découvrir, d’abord, et ensuite pour s’enrichir d’expériences, d’outils, d’idées.

 

Le monde de la philo pour enfants est très jeune et très dynamique, de nouvelles « pousses » fleurissent chaque semaine, de nouvelles personnes souhaitent se lancer dans l’aventure et se forment. Alors, ces portraits ont aussi pour vocation de les aider dans ce long et passionnant cheminement.

 

Cette semaine, c'est Audrey Thiels, animatrice philo pour enfants, qui a accepté de se prêter au jeu...

 

  

Parle-nous de toi. Comment es-tu entrée dans le monde de la philo pour enfants ?

Je suis entrée dans le monde de la philosophie dès petite ! J’adore me questionner et chercher du sens à ce qui m’entoure. Ensuite, en 2013, je suis devenue maman, une étape de vie qui nous relance sur des questionnements existentiels. J’ai commencé à découvrir des lectures telles que Catherine Gueguen, Céline Alvarez, Isabelle Filliozat, et à relire des ouvrages de Jacques Salomé, Boris Cyrulnik, Frédéric Lenoir et bien d’autres. Un nouvel élan de questionnement au-delà de l’enfant, de l’individu qu’il est à part entière.

Ma profession d’éducatrice spécialisée m’a amenée à réfléchir davantage sur mon rapport au monde, à l’humain, la liberté de chacun, ma place dans tout ça !

C’est donc en 2016 que je suis allée à une conférence de l’association Emergences sur « la transmission, passerelle entre humains ». Je me suis retrouvée au milieu d’individus qui avaient une énergie à être ensemble, à réfléchir au monde de demain et à amener les premières graines. J’y ai rencontré Christophe André, Catherine Gueguen, Céline Alvarez, et Frédéric Lenoir. Ce dernier partageait tout son intérêt à la création de l’association SEVE pour permettre d’animer des ateliers philosophiques dans les écoles. Tout à pris sens ce jour-là ! En 2017, j’ai participé à la première session de formation SEVE à Lille, et depuis je sème des graines en alliant le Yoga, la méditation pleine conscience et la grammaire des émotions.

 

Pratiques-tu une méthode particulière ?

Suite à la formation SEVE, il m’a semblé primordial de continuer à me former pour animer les ateliers philosophiques. J’ai choisi d’ajouter à ma mallette d’outils la CNV (communication non violente), car notre communication est essentielle les uns avec les autres. Certains sujets que l’on aborde en atelier peuvent amener des débats et confrontations d’idées fortes. La CNV aide à garder un cadre bienveillant. Il est important selon moi d’avoir les outils nécessaires pour accompagner au mieux les enfants lors de leurs échanges philosophiques.

Je me suis formée à l’approche empathique d’Isabelle Filliozat et la grammaire des émotions. Cette approche me permet d’être à l’écoute de tout ce qui peut se jouer sur un atelier afin de s’exprimer dans le respect de chacun.

La connaissance de l’évolution des enfants est élémentaire pour savoir comment aborder les thèmes demandés ou proposés.

Je ne m’inspire donc pas d’une méthode particulière mais de tout ce qui existe ! J’aime m’enrichir de diverses expériences pour ensuite créer mes interventions avec ce que je suis.

Les ateliers que je propose débutent toujours par « la ronde des émotions », cela permet à chacun de se connecter à soi, de s’entendre, « d’être » tout simplement. Cet exercice fait naître au fur et à mesure une meilleure connaissance de soi et une empathie pour l’autre. Puis je propose, au gré des émotions présentes, une méditation de pleine conscience pour se donner l’occasion de prendre soin de soi et être juste là. Ensuite, selon le support choisi et utilisé, les enfants philosophent pour finir par un temps artistique. Ce moment permet de continuer à réfléchir sur le sujet et de philosopher différemment que par l’oralité. Chaque enfant peut donc s’y retrouver et s’exprimer !

 

Quels sont tes thèmes de prédilection ?

 « C’est quoi philosopher ? » est un des premiers thèmes que j’aborde ! Car nous allons nous rencontrer sur plusieurs semaines dans un cadre différent de celui des apprentissages scolaires. Il est donc essentiel de le définir, et que les enfants puissent petit à petit amener leurs questionnements existentiels qui pourront être ensuite des thèmes pour les prochains ateliers. Ces thèmes choisis sont plus enrichissants, de vraies pépites !

J’apprécie les thèmes sur les émotions, la connaissance de soi « Qui suis-je ? » « L’autre, c’est qui pour moi ? » « Suis-je différent des autres ou identique ? » Et le vivre ensemble, les enfants ont beaucoup à redire.

 

Quels outils utilises-tu le plus souvent ?

J’utilise tout ce qui me parle en supports ! Livres, contes, mythes, films d’animation, photo-langage, peintures – œuvres d’arts, illustrations, jeux… l’objectif pour moi est que les ateliers soient un lieu dynamique de partage, joyeux, interactif et vivant !

 

Qu’est-ce que ce métier t’apporte sur le plan personnel ?

Je suis heureuse de pouvoir permettre de prendre en compte l’enfant en tant qu’individu, libre de se questionner, penser, se positionner, de s’écouter dans ses émotions !

Je m’enrichis des rencontres, des pensées, du partage de ces êtres si extraordinaires ! Mon fils m’a reconnectée à l’instant présent, et de pouvoir aujourd’hui le vivre de par ce métier me met réellement en joie.

 

Quelles sont les principales difficultés de ce métier ?

Les difficultés sont de rebondir sur les impondérables d’organisation dans les écoles. C’est-à-dire lors d’absences, ou lorsque le temps de l’atelier se raccourcit, lié à des faits extérieurs. De devoir réaliser les ateliers en grand groupe plutôt qu’en demi-groupe. De réaliser des ateliers avec l’énergie présente parfois vive. Il faut savoir l’accueillir avec bienveillance et créer un cadre plus axé sur des temps de pratique de l’attention.

 

Selon toi, quelles qualités doit avoir un.e anim’ d’ateliers philo pour enfants ?

L’écoute active, le lâcher-prise (ne pas vouloir contrôler l’atelier, où les amener à penser…) et la créativité. Il est important de laisser le cheminement des enfants s’opérer pour qu’ils puissent être dans des échanges constructifs, plutôt que d’arriver à un consensus. L’idée des ateliers philo est qu’ils puissent construire leurs pensées, les argumenter, travailler leurs habiletés de pensée… La créativité de l’animateur est une force pour rebondir lors des ateliers et que ces derniers soient vivants.

Une autre qualité est d’être juste avec soi, je veux dire par là savoir aussi écouter, entendre nos émotions, notre sensibilité et verbaliser les choses pour garder un cadre bienveillant.

 

Parmi la longue liste des valeurs transmises par la pratique philosophique, quelle est la plus importante pour toi ?

Le savoir-être, car se questionner, se connecter à ses émotions sont des outils constitutifs au développement de la connaissance d’eux même. Celle-ci permettra de développer leur confiance en eux, de se mettre en lien avec l’autre et de le comprendre.

La savoir-être va de pair avec le vivre ensemble. Ils permettent d’être à l’écoute et respectueux de soi et des autres.

 

As-tu un souvenir d’atelier, une anecdote, une réflexion d’enfants qui t’ont marquée et que tu voudrais partager avec nous ?

Je suis toujours autant émue de les observer lors de la pratique de l’attention, surtout quand je leur propose de la faire au bout du 4 ou 5e atelier.  C’est un outil qu’ils apprécient tout particulièrement ! Un enfant nous a proposé une pratique de l’attention « le voyage du papillon », magnifique !

Sur les ateliers philo, j’ai souvent en tête une petite fille qui, lorsqu’elle prenait la parole, parlait avec tout son cœur. Sur un atelier où nous nous interrogions sur le sens de la vie « dans ma vie, j’ai envie d’avoir un grand cœur, et j’ai envie que tout le monde ait un grand cœur pour que tout le monde partage », « on doit être fier de nous, car on a réfléchi avec notre cœur ».

Je suis marquée aussi par les ateliers où l’on philosophe sur les rapports humains, où l’on contourne le harcèlement. Certains enfants prennent conscience de leur comportement en entendant les réflexions de chacun. Un jour un enfant prend la parole « je me rends compte que moi-même j’ai pu être harceleur envers mes amis, je suis triste et je comprends mieux leurs réactions. Je comprends que je les rendais tristes et malheureux ».

Les ateliers amènent à des prises de conscience, à réfléchir sur nous-mêmes à notre rapport au monde. La graine est semée !

Les temps artistiques que je propose en fin d’atelier sont une réelle continuité philosophique. Pour ceux qui parlent moins, ils peuvent aussi s’exprimer. Je suis subjuguée par leurs dessins, écrits, qu’ils prennent le temps de me montrer et expliquer. L’un des enfants a conclu ainsi sur les ateliers : « j’ai bien apprécié, on a eu beaucoup, beaucoup d’idées, on a utilisé notre super pouvoir (l’imagination) ! ».

 

As-tu quelque chose à ajouter ?

J’aspire à être « une jardinière » de bien-être à plein temps et que les graines semées, puissent grandir à leur rythme avec le souvenir de ces moments de connexion à soi, aux autres, grâce à leurs pensées philosophiques.

Je te remercie Julien de partager activement tes savoirs, tes recherches et de mettre en lien les animateurs philo et tous ceux qui souhaitent le devenir, pour nous enrichir des uns des autres.

  

Merci à toi!

 

Propos recueillis par Julien Lavenu pour LaboPhilo, avril 2021.

 

 

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