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Philo pour enfants: le projet Philo/Art de Céline Ohannessian

 

"Si j’ai été portée en un an et demi à mener des ateliers philo et philo/art à raison de 10 à 15 ateliers par semaine, c’est bien grâce aux souhaits manifestes des enfants de continuer et d’aller plus loin. C’est eux qui m’ont poussée à inventer les dispositifs, à améliorer ma pratique..."

 

Céline Ohannessian. Philosophie pour enfants. Philo et art.

 

Au départ, il y a cette affiche que j'ai découverte par hasard sur Facebook et qui m'a épaté. La qualité du travail, son développement, son originalité, la facture même de l'affiche m'ont rendu curieux.

 

Alors j'ai décidé d'en savoir plus et j'ai découvert Céline Ohannessian, une personnalité originale, comme on en trouve dans le milieu de la philo pour enfants, et pleine d'humilité. J'ai découvert son travail, ses idées, sa créativité, son parcours, tout cela m'épate, et moi j'adore être épaté.

 

Allais-je garder tout cela rien que pour moi? Non! Ce n'est pas le genre de la maison!

 

Alors, j'ai envoyé un petit mail à Céline pour lui demander de m'écrire un article sur son projet Philo/Art.

 

Quelques jours après, j'avais cette réponse...

 

 

Cher Julien,

 

Ces jours tu me proposes d’écrire un article sur la genèse du projet philo/art dans lequel je me suis embarquée, son épopée, son débarquement à l’UNESCO et son avenir.

Alors là, je me dis : « tiens c’est quoi un article ? Mais pour de vrai, en vrai de vrai ? ». Et là, naturellement, je vais voir l’étymologie du mot, ce fameux mot « article » ; et je trouve ceci : « Les doigts des pieds, avec leurs articles et leurs ongles, servent à tâter le terrain sur lequel on marche ». well, well, well… continuons : « Du latin articulus, « articulation, jointure, os, membre, nœud (d'un arbre), membre de phrase, mot, article, section, partie, chapitre, division (du temps), phase, moment critique ou décisif, circonstance » ; sans compter qu’il existe un « à l’article de la mort ». Tout un poème s’annonce à un moment de renouvellement d’année pour faire le point donc, avant de passer à une autre jonction, un autre os, un autre nœud à dénouer, pour s’aventurer dans la rentrée et vérifier où je pose les pieds. Mais en principe je n’aime pas les transitions, alors pour ce qui est des articulations … il est donc logique que ceci ne soit qu’une missive comme celle qu’on écrirait à un ami de très longue date ou, à soi-même ?

                   

Avant de m’embarquer dans la genèse de cette épopée philo/art, il a d’abord fallu faire naître le projet philo avec les enfants. Mais pourquoi ? Mais comment cette conviction est arrivée si évidemment ?

Disons qu’après moult expériences avec des étudiants diablement investis dans le domaine artistique, ou avec des publics en centre d’art contemporain, ou en tant qu’artiste vidéaste, il m’est apparu évident de partir. Voir ailleurs. Loin. Un autre monde. La Nouvelle-Zélande m’est donc tombée dessus comme un cadeau dont je me suis enivrée pendant 3 ans. Le retour a été olé olé pour comprendre à nouveau les codes de notre bien étrange et vieille société, que j’avais allègrement oubliée. 3 ans donc, là-bas, à regarder ce nouveau monde et ses paysages puissants, à me forcer à ne pas travailler, à troquer la vie pour autrement la traquer, je n’ai eu envie ici comme conviction et évidence, à mon retour en France, que de retrouver le public des enfants.

AVS : voilà comment j’ai voulu m’expérimenter dans cette nouvelle rencontre avec eux.

Et là. Mais vraiment : Là. J’ai rencontré les plus belles personnes qui soient. Dans ce job foireux, dans cette institution bizarre, ce mammouth EN, ouahhh, là dans cet improbable marasme j’ai rencontré trois enfants fulgurants : B., R., L. Chacun cohabitant avec Madame Asperger, Monsieur HP et Madame Trisomie. Je ne peux pas te raconter tous les voyages fantastiques que nous avons effectués avec chacun de ces enfants géniaux, mais B. tout de même un peu car elle est la source première de mon engagement dans les ateliers philo, confirmée, ensuite, par les réponses des autres. Alors mademoiselle B. donc. Une enfant à qui il fallait rendre la classe supportable autant que rendre son comportement supportable à la classe, une enfant dont le degré de fatigabilité était énorme, une enfant qui n’aurait à priori pas dû me parler ni me regarder, mais une enfant qui m’a acceptée et avec qui nous avons inventé un outil-médiateur pour l’aider à s’autonomiser et à avancer dans ce qu’elle souhaitait travailler. Et au milieu de notre enquête pour sa recherche dédiée, selon ses volontés, à mieux écrire, s’organiser, participer, ne pas s’ennuyer, trouver du sens et du désir à la vie scolaire, B. a commencé très tôt à me poser des questions existentielles fortes (la vie, la mort, la mort encore, l’amour, ...). Questions face auxquelles je savais que je ne pouvais pas m’impliquer. Intuitivement je lui renvoyais les questions mais je sentais qu’il fallait rapidement m’équiper. Alors là, ni une ni deux, tout s’est fait très vite : trouver une formation appropriée (SEVE), postuler, la mener, me lancer dans l’animation d’ateliers, et enfin revenir vers B. avec plus de conscience, un début de savoir-répondre par le questionnement, et l’aventure s’est tout simplement, naturellement, lancée, tant les enfants avaient ce besoin de vivre leur légitimité à se questionner et à douter. J’avoue qu’en parallèle, dans les temps de récré, les autres enfants venaient me poser des questions surprenantes, comme tombées du ciel dans leur tête et qu’ils devaient partager. Imagine le ptit gars de 8 ans qui joue au foot, puis s’arrête, vient me voir et me dit «hé, Céline, j’peux t’poser une question ? / oui. / c’est vrai que quand on est mort l’âme monte au ciel ? / c’est quoi une âme pour toi ? », et voilà comment cela s’est concrétisé malgré moi. Tu sais, c’est comme dans une ville, quand il y a un mec perdu, et bien je sais qu’à chaque fois, c’est pour moi ! (Peut-être que finalement, ça existe vraiment la tête de l’emploi ?)

Bref, le travail philosophique avec les enfants s’est introduit dans le quotidien, au milieu d’évaluations, de dessins, de math ou d’histoire, et auprès de groupes dans le cadre de TAP où j’ai beaucoup observé et écouté les réactions des enfants pour choisir enfin le début du duo philo/art.

 

J’animais déjà des ateliers d’arts plastiques en médiathèque. Les structures culturelles balbutiaient quelques besoins de donner du sens à leurs actions avec les publics enfants. Dans cette logique, j’ai proposé des ateliers philo liés aux ateliers arty. Ces ateliers ont tout de suite mué en ateliers philo/art pour que la pratique artistique ne soit pas un énième atelier bricolage et parce que les artistes pensent leurs œuvres, les enfants peuvent entrer dans une pratique artistique par la réflexion philo - sans quoi l’intérêt s’arrête à la découverte de technicités, d’esthétiques, d’histoires, ce qui est déjà intéressant mais après avoir oeuvré 10 ans en centre d’art à diffuser et médiatiser les pratiques contemporaines dans lesquelles sont toujours infusées des questionnements ethnologiques, sociologiques et/ou philosophiques, je ne pouvais pas ne pas nourrir ce lien indéfectible entre philo et art.

 

Alors je me suis lancée, avec des structures convaincues, confiantes, ouvertes, joyeuses et généreuses, qui elles-mêmes m’ont propulsées, ailleurs.

Voilà ce qui a eu envie d’apparaître sous trois formes d’ateliers : les one shot / les ateliers-projets / les ateliers suivis.

 

Dans les médiathèques notamment je propose les one shot mensuels. Dans ces ateliers je ne suis jamais certaine de retrouver les enfants de la séance précédente. La médiathèque me propose une thématique liée à son actualité d’où je tire la question philo et le projet artistique pour un atelier de 2h30. Exemple : un prix littéraire est organisé ce mois / question philo « la littérature nous aide-t-elle à grandir ? » / arts plastiques : illustrer la citation suivante (Régine Detambel) : « la littérature est une ambulance qui fonce dans la nuit pour sauver quelqu’un », sous la forme d’une histoire qui surgit d’un fire-book (un livre accordéon qui se déploie au sortir d’une boite d’allumettes). La discussion s’infuse dans la réalisation plastique par le récit qui s’invente et grandit, et dans le choix du support et son rapport à la citation.

 

 

Ces ateliers sont pensés pour être ponctuels certes mais en réalité les enfants reviennent car ce à quoi cela répond crée des fidélités qui amènent des copines, des frangins, des vacanciers, des voisines … Ce que j’apprécie dans les médiathèques est la mixité des publics que je ne trouve pas dans les écoles puisqu’ici les enfants de tous les villages, quartiers, campagnes, montagnes se rassemblent et découvrent parfois aussi des enfants déscolarisés. C’est l’occasion pour les uns et les autres de sortir enfin d’un entre-soi abrutissant, gluant, stérilisant.

 

Au fur et à mesure des séances, je propose aux enfants de travailler sur leurs propres questionnements en lien avec les thématiques des médiathèques. J’augmente ainsi mon potentiel de créativité face à leurs questions que je n’aurai pu imaginer. Les plus anciens philosophes deviennent des super assistants qui prennent en charge les nouveaux en leur expliquant le projet et la démarche. Le choix des rôles est confié aux enfants : dessinateur de la circulation de la parole, donneur de parole ; parfois on sollicite un gardien du temps et parfois un gardien du respect de la parole, et, selon les groupes et ma connaissance des enfants, je fais aussi appel aux compétences d’un synthétiseur. Je propose ces ateliers à des enfants d’âges différents (de 6 à 10 ans), ce qui me semble rendre encore plus riches dans les interactions car les plus jeunes bien entourés de leurs aînés, osent demander des explications de vocabulaires notamment, exemplifient leurs idées par des références très concrètes, terriennes, sensibles, physiques, que les plus grands ont parfois oubliées, car déjà dans une abstraction de la pensée. Ainsi c’est comme si les petits montaient les marches pour rejoindre les plus grands, et les plus grands réapprennent à regarder dans leur passé, leurs expériences parfois oubliées.

 

 

Il y a d’autres ateliers ponctuels : en centre d’art contemporain pour réfléchir à partir des œuvres d’une exposition, ou en théâtre à partir des mises en scène, celles-ci sont d’ailleurs souvent issues de la littérature jeunesse. Dans ces cas je ne propose pas de pratique artistique après la philo, car on démarre par l’analyse d’une œuvre d’art où tout le corps est déjà sollicité pour mener le travail de réflexion face à une mise en forme de la pensée.

 

 

(Photo: Villa du parc, centre d’art contemporain, Annemasse.)

 

Il y a aussi les ateliers suivis. Ils sont menés dans le cadre de TAP ou du CLAS (contrat local d’accompagnement à la scolarité – projet soutenu par le service Politique de la Ville pour les enfants pour qui des difficultés ont été identifiées). C’est grâce à ces dispositifs luxueux en termes de temporalité pour dérouler une pratique philo avec les mêmes enfants, que j’ai pu comprendre la nécessité d’autonomiser les enfants. À l’image de ce que j’ai expérimenté avec B., cette autonomie par un objet médiateur m’a semblé évidente. C’est grâce aux réactions des enfants qui prenaient parfois ma place spontanément pour relancer le questionnement, ou solliciter l’argumentation des copains lorsqu’ils ne l’avaient pas proposée, que j’ai vu comment les ‘équiper’ pour qu’ils puissent continuer les discussions à visée philosophique au-delà des séances, avec les amis ou les parents. Très souvent nous travaillons à partir de cueillettes de questions et discutons sur les problématiques choisies pendant au moins 7 séances. Au-delà nous engageons une pratique artistique par la découverte d’une technique, et l’ambition de créer un support déclencheur de paroles. La 1ère expérience a consisté à créer un théâtre d’ombres qui permettait de raconter des histoires à partir desquelles les enfants pouvaient enclencher une discussion philo avec leurs amis comme nous le faisions en atelier avec les « Philo-fables » ou avec des séquences vidéos. Ensuite nous avons créé des marionnettes de philosophes, certains étaient des avatars, d’autres de purs fantasmes du philosophe qui aurait un 3ème œil pour voir dans toutes les directions du monde ! Les marionnettes étant équipées de questions et de critères de validations, les enfants peuvent animer des séances en se ‘cachant’ derrière leur personnage et interpeller quiconque souhaite jouer le jeu de la réflexion. Enfin nous avons créé un jeu philo sur le modèle du jeu «expédition sagesse », où les enfants inventaient la structure de l’expédition (chasse au trésor, escalade d’immeuble, tour du monde, ...) pour recueillir le plus grand nombre de sagesses apportées par les joueurs en réponse aux questions des enfants. Les temps de création étant relativement longs, c’était l’occasion pour certains enfants parfois plus timides en philo, de s’étonner de leur pratique, aisance, difficulté, plaisir, résultat et d’y trouver des réponses. Très souvent je leur proposais des techniques où le hasard et l’aléatoire avaient une grande place pour que les enfants sortent du frustrant besoin de faire ‘beau’ ou souvent ils se comparent aux autres et se dénigrent. Par cet exercice du plaisir à considérer l’accident qui arrive comme une surprise (l’encre, les coulures, les mélanges improbables), ils redeviennent créateurs et tirent parti d’une forme étrange et lui donne du sens à la manière des paréidolies. La pratique artistique développe autant que la philo ce fameux savoir-vivre ensemble parce qu’il y a une coopération et une entraide spontanée qui se met en place mais il y a aussi beaucoup du savoir-vivre avec soi-même qui est en jeu, sans lequel l’envie d’être ensemble ne peut avoir lieu.

 

(Photos: marionnettes philosophes, théâtre d’ombres, masque du philosophe.) 

 

Grâce à ces outils médiateurs, les enfants font connaître leur pratique philo au-delà des ateliers, inventent leur temps de discussion, certains le pratiquant le soir après le dîner au plus grand plaisir des parents… d’autres peuvent se l’approprier lorsqu’il y a un problème à dénouer. Chacun y revient à son gré, à son rythme, dans son espace de vie et non plus seulement en catimini dans l’atelier.

 

(Photos: jeu « Expédition sagesse ».)

 

Les enfants sont les meilleurs médiateurs de la pratique auprès des adultes et des autres enfants et puisqu’il est temps de diffuser la pratique, comment ne pas s’en remettre à eux ?

 

Après de rares séances menées avec une classe (je dois faire une phobie scolaire tardive...), les enfants ont inventé un nouveau métier : le métier de philosophe ! Il s’agit d’un groupe d’enfants qui doit proposer et animer une discussion pour dénouer des conflits à tout moment de la journée comme lorsqu’il y a une bagarre dans la cour de récré. L’autonomie est donc souhaitée par les philosophes imberbes, et capable d’exister dans leur réalité.

  

Et il y a également les ateliers-projets. Là c’est tout de même plus simple de partir de l’exemple en cours : je travaille sur toute l’agglomération de Thonon pour un projet initié par le BIJ pour l’année 2020. L’objectif est d’emparquer les jeunes suivis par des structures sociales, dans un projet dont le thème est « habiter » et qui sera ponctué d’évènements tout au long de l’année : concerts, ciné, poésie dans la ville, spectacles… Mon intervention consiste à animer des ateliers philo dans 10 structures d’insertions ou de soutiens. Chaque structure et donc chaque jeune participe à 3 ateliers philo, en choisissant 3 thèmes parmi ceux-ci : habiter son corps / habiter ses pensées / habiter son langage / habiter ses émotions / habiter le monde. C’est donc par ces questionnements partagés à l’échelle de l’agglo que le BIJ souhaite embarquer les jeunes avant de leur faire bénéficier d’évènements artistiques et culturels. Avant de lancer les ateliers philo auprès des jeunes, j’ai animé 5 ateliers philo auprès d’une centaine professionnels de la culture et du secteur social. Les structures et les éducateurs ont pu proposer les ateliers philo à leurs publics en les ayant expérimentés eux-mêmes au préalable. Au final, les paroles et pensées des jeunes philosophes seront mises en valeur car à l’issue des ateliers philo je leur propose des séances de mise en forme graphique de leurs paroles retranscrites. C’est là le début de la « collection hiver 2020/ paroles de jeunes-philosophes » qui sera exposée au final du projet en novembre 2020. Je rencontre dans ce cadre un nouveau public, des jeunes aux parcours, certes chaotiques, mais aux esprits si fins et si vifs que j’ai envie de continuer de manière plus suivie.

 

 

Dans l’autre genre d’ateliers-projets, il y a les projets avec les collectifs d’artistes. Cette année je vais travailler avec le collectif ZUL (Zone Utopique Lémanique), et je vais animer des ateliers philo avec des enfants séparés par une frontière sans barrière, franco-suisse ; nous allons réfléchir à la question de l’utopie. Les artistes et les enfants travailleront ensuite à une création qui sera exposée sur le pont-frontière entre les deux villages.

 

(Photos: projet du collectif Ethnographic, à St Julien en Genevois, résidence dans une école, avant sa destruction.)

 

Dans tous les cas :

Quels que soient les différents ateliers, je commence par une courte méditation. Celle-ci est apparue nécessaire car plébiscitée par les enfants. J’ai choisi d’en faire un temps de création en leur proposant des méditations dessinées où, les yeux fermés, les enfants concentrés sur leur respiration, crayon en main, doivent accorder un tracé au rythme de leur respiration. Chaque dessin est comme une « empreinte digitale respiratoire »* à l’instant T. J’ai commencé ce projet lors d’une exposition de Valère Novarina* où tous les publics pouvaient inscrire leur respiration dans un livre qui au final est exposé dans le rayon beaux-arts de la médiathèque locale. 

 

(Photos: Livre des respirations dessinées, exposition Valère Novarina, La chapelle, médiathèque de Thonon-les-Bains.)

 

À chaque fin de cycle philo, j’utilise les transcriptions des séances enregistrées pour inventer une mise en forme graphique de ces pétillements de la pensée qui réveillent les morts parfois, arrêtent les gens souvent, donnent à penser en collectif dans des espaces où l’on ne s’y attend pas.  Cette mise en valeur des réflexions des enfants est impérative. Elle apporte cette preuve tangible, qu’ils cherchent d’ailleurs, qu’un jour, ils ont pensé ensemble ceci ou cela, mais, depuis la prise de parole jusqu’à son édition, du temps a coulé, et ils voient combien la pensée est riche dans sa mobilité.

 

(Photos: Arbre des pensées philo, vitres Collège Bons-en-Chablais, salle d’attente MJC à Douvaine.)

            

Si j’ai été portée en un an et demi à mener des ateliers philo et philo/art à raison de 10 à 15 ateliers par semaine, c’est bien grâce aux souhaits manifestes des enfants de continuer et d’aller plus loin. C’est eux qui m’ont poussée à inventer les dispositifs, à améliorer ma pratique, elle-même étant un cocktail de démarches allant de M. Tozzi, à Mme Chirouter, et C. Pastorini.

Alors pour affiner mes animations, et parce que je ne suis pas philosophe de formation, j’ai eu besoin de trouver des moyens de grandir. D’abord j’ai participé à la création de la plateforme de travail collaborative SEVE, pour que les animateurs ne soient pas dispersés et perdus dans la nature, seuls avec leurs problèmes. L’idée était quand même de se donner les moyens de l’autoformation grâce aux expériences de chacun. Ensuite je me suis lancée en tant que référente des animateurs SEVE pour le département Haute-Savoie afin d’organiser des rencontres réelles, où chacun pouvait faire état en direct des besoins, conseils, difficultés qu’ils vivaient. Tout cela ne suffisant toujours pas à me nourrir décemment, j’ai suivi en 2019 la formation DU du CRI (Centre de Recherches Interdisciplinaires) de Paris Descartes en Philosophie Pratique de l’Éducation et de la Formation. Et là, big bang : grâce à une équipe d’intervenants absolument précieux, j’ai pu trouver ce que je cherchais : prendre mesure des pédagogies dans lesquelles la philo pour enfants s’inscrivait, et le recul nécessaire à ma pratique pour m’autoriser l’autocritique, l’analyse, et comprendre en quoi ce que j’avais mis en place jusque-là faisait sens ou pas. C’est comme ça qu’est née l’envie de réaliser le poster pour les Rencontres sur les Nouvelles Pratiques Philo organisées par la Chaire UNESCO. Cela m’a permis de tester la clarté de ma démarche et de commencer à formuler les enjeux souterrains qui grâce à la thématique de cette année « philosophie et démocratie » se sont éclairés au vu de cette orientation. Il n’y avait pas de commentaire lors des rencontres mais j’ai pu présenter le dispositif aux professionnels qui passaient par là, et c’était déjà riche de retours encourageants.

 

 

Et maintenant ?

Continuer encore, me questionner toujours, m’ajuster aux nouveaux publics, inventer depuis eux, grandir avec eux, leurs besoins, demandes et compétences de plus en plus avérées au fil du temps. Ne pas stagner surtout.

Le hic : je ne suis pas une association, je n’ai donc qu’une tête et deux bras pour tout mener, et je deviens un peu limitée, mais heureusement il y a d’autres animateurs dans le quartier pour relayer.

 

Quelques projets se trament  tout de même en sourdine :

- Sensibiliser encore plus les adultes, partenaires sociaux, culturels et politiques des nécessités de la pratique. (Animer des temps de sensibilisations comme je l’ai fait lors d’un salon du livre jeunesse auprès de professionnels de l’enfance pour leur donner envie de se former à l’animation d’ateliers philo).

- Trouver un lieu où il serait possible de venir philosopher et créer quand bon nous semble. Est-ce possible ? Je ne sais pas, la question d’un lieu fixe est peut-être prématurée ici mais il me faut écrire un projet pour le 4 février à la demande d’une ville qui souhaite infuser de la philosophie de manière plus suivie dans tous les projets artistiques et culturels.

- Offrir un droit de parole aux enfants-philosophes dans les espaces publics de manière plus soutenue et régulière.

- Autonomiser encore plus les structures dans leur engagement à l’égard des enfants-philosophes.

- D’autres projets que je dois encore peser : l’un d’entre eux sera expérimenté cette année en MJC : un dispositif hebdomadaire pour les adolescents dans lequel la philo, les arts plastiques et la performance pourront travailler l’amélioration de la confiance en soi. Suite à des ateliers philo en collège avec des élèves ayant dépassés des limites, j’ai pu voir combien la démarche de réflexion philo transformait aussi et surtout le comportement à l’égard de soi, par des postures de corps qui se redressent, pour devenir des changements de comportements à l’égard d’autrui, manifestes dans le regard, la parole, le geste. Je vais aussi expérimenter un autre type d’atelier où la problématique philo trouvera un déploiement au travers de la danse, et où je travaillerai en duo avec une chorégraphe.

 

Mais surtout surtout, encore donner le temps, l’espace, le droit aux enfants de vivre cette expérience où ils se voient penseurs, où ils s’éblouissent à la découverte d’une pensée, où encore ils pourront dire comme ils l’ont déjà dit « je ne savais pas qu’on pensait des choses aussi profondes », ou « ça y est j’ai compris ! Il y a, à l’intérieur de nous, une chaîne alimentaire de nos pensées », ou « au moins ici j’apprends à parler avec des gens à qui j’aurais jamais parlé avant ».

Et si les ateliers philo sont de véritables embrayeurs – transformateurs – de vie, il est probable qu’ils ne soient qu’une étape de mon épopée, où il est clair, que c’est l’enfant qui importe, et qu’il saura me guider pour inventer d’autres moyens d’aller là où il veut s’expérimenter. Y a plus qu’à … écouter !

 

À bientôt !

Céline

 

 

P.S 1: Mais au fait ? Ai-je répondu à tes questions ?

P.S 2 :Les ateliers sont majoritairement gratuits pour les participants et sont menés à Thonon-les-Bains, Bons-en-Chablais, Anthy-sur-Léman, Messery, Veigy-Foncenex, Douvaine, Annemasse - en TAP, CLAS, médiathèques, MJC, centre d’art, théâtre, structures sociales, projets artistiques, évènementiels, collèges, lycée professionnel, parcours culturels et artistiques dans les classes, activités pendant les vacances scolaires.

 

© Céline Ohanessian, LaboPhilo, 2020.

 


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