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Pourquoi tu penses ça?

Voilà bien la grande question qui ressort lorsqu’on anime des ateliers philo avec les enfants et voilà bien une question qu’on ne leur pose jamais, et que presque aucun adulte ne se pose !

Quel inconfort, voire traumatisme, et finalement quelle excitation que de s’entendre poser une telle question : « Pourquoi penses-tu ce que tu penses ? » Raconte-moi ! Va plus loin ! Creuse !

On voit bien ce qui se déclenche alors dans la tête de l’enfant. D’abord : « Ah bon, je dois me justifier ? » Et puis : « Ah bon, ce que je pense t’intéresse ? »

Parce qu’à l’école et à la maison, trop souvent, on nous prend pour des perroquets conditionnés à apprendre et recracher sans s’interroger sur le bien-fondé des propos que l’on nous assène, il n’est absolument pas aisé pour les enfants, et pour les adultes, de s’interroger sur les fondements de leurs certitudes, sur les origines de ce qu’ils croient être LEURS pensées. « Je » serait-il un autre que moi ?

Alors, oui, c’est inconfortable et, oui, c’est excitant. Inconfortable parce qu’on se sent mis sur le gril, excitant parce qu’on part à la découverte de soi : Qui suis-je au fond ? Et est-ce que je pense vraiment ce que je pense ? Est-ce que je pense ce que je pense ou est-ce que mes pensées ne vont pas au-delà des discours que j’ai entendus, qui tournent d’eux-mêmes, sans effort, dans ma tête, et que je ressors par automatisme ? Ah, oui, c’est tellement moins fatigant que de réfléchir pour de vrai ! Mais, aussi, c’est tellement peu stimulant de se sentir pensé par les autres.

Alors, oui, moi, ça m’intéresse de connaître les motifs cachés des pensées des enfants (et des adultes aussi, j’insiste, parce que je les embête avec la même question, la même exactement !). C’est à se demander si je ne fais pas ce métier pour cette seule raison (parce que, moi aussi, faut dire que je me questionne !) : trouver l’entrée au milieu des rideaux qui permettra à l’enfant de s’ouvrir sur ses véritables pensées et commencer à entrevoir qui il est.

Attention : pas de brutalité, pas trop d’insistance, juste l’impulsion qu’il faut. Et si ça ne vient pas tout de suite, si on reste bloqué, pas de souci. Parce que c’est long de commencer à réfléchir sur ses propres pensées. Mais, vous savez, dans ces cas-là, les copains aussi peuvent aider. Étrangement, parfois, eux, ils savent ce que je pense mieux que moi ! Mais comment ça se fait ?

 

Julien

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